Israël-Gaza, l’heure du bilan

24 janvier 2009 0 Par admin

Maintenant que les armes se sont tues, quelle est la situation dans la bande de Gaza ? Quel bilan humain et matériel peut-on faire ? La guerre qu’a livré Tsahal à Gaza a commencé le 27 décembre 2008 et l’offensive s’est arrêtée le 18 janvier 2009. Après tous ces jours de combats et de bombardements, les chiffres avancés sont effrayants. Mais au-delà du bilan des chiffres, ce sont aussi et surtout les questions soulevées par cette guerre asymétrique qui doivent interpeler.

Bilan humain et matériel côté palestinien

Selon les Nations Unies, 1 300 Palestiniens ont été tués (dont 410 enfants, 104 femmes) auxquels s’ajoutent 5 300 blessés (dont 1855 enfants et 795 femmes). Les autorités palestiniennes  chiffrent selon leurs estimations à 498 millions de dollars les montant des destructions matérielles : 200 millions pour l’habitat privé, plus de 50 millions pour les bâtiments officiels (dont 8,4 millions rien que pour les locaux réservés au système éducatif). en outre, selon le Bureau central palestinien de la statistique, 4 100 maisons auraient été détruites et 17 000 auraient été endommagées. Il estime enfin à 600 autres millions de dollars la collecte et l’évacuation des gravats.

Bilan humain et matériel côté israélien

Selon les autorités israéliennes, le nombre des victimes civiles israéliennes s’élève à 4 personnes. Il faut y ajouter 84 blessés et 10 soldats tués à Gaza. Parmi ces soldats tués il faut cependant préciser que 3 ont été tués et 24 ont été blessés par un tir de char israélien. Le montant des dégâts matériels engendrés par les tirs de mortiers ou de roquettes tirées depuis la bande de Gaza par les combattants du Hamas n’est pas encore chiffré.

T. LIVNI et E. OLMERT. Jérusalem, ISRAËL – 3 mai 2007.
(Photo by David Silverman/Getty Images)

Posés ainsi, ces chiffres montrent une fois encore la disproportion des forces, ce que les militaires appellent l’asymétrie dans un conflit. Au-delà de ces chiffres, l’idée à retenir c’est qu’un mort est toujours un mort de trop, qu’il soit Israélien (juif ou arabe), ou Palestinien. Le débat ne doit pas s’enfermer dans ce décompte macabre, dans cette logique si souvent présente qui consiste à comparer les souffrances et les peines pour tenter d’emporter et de rallier à sa cause les opinions publiques. Mais inversement, il ne faut pas nier ces souffrances et montrer clairement l’étendue des dégâts et dénombrer les victimes souvent innocentes.

Les questions qui demeurent…

Aujourd’hui beaucoup d’interrogations voient le jour : la presse israélienne s’interroge mais avec elle la presse internationale aussi lorsque les images commencent à être diffusées, lorsque les témoignages s’additionnent. Et, c’est aussi des observateurs sur le terrain, les « humanitaires », les observateurs de l’ONU qui presque dans un même mouvement se demandent quel bilan « positif » au niveau militaire et sécuritaire, mais aussi politique, Israël peut retirer de cette opération à Gaza ? Les questions restent en suspend, certaines d’entre elles sont fortes de sens, d’autres pointent des manquements à la moral, aux droits de l’Homme, d’autres enfin pointes l’absurdité et en contre-jour l’échec de cette opération. Ainsi, peut-on se demander si finalement après tout cela, cette opération « plomb durci » a amélioré la sécurité d’Israël ? C’est en effet le but avancé au départ par le gouvernement israélien pour « justifier » ce recours à la force militaire sur Gaza. Et en écoutant la déclaration du chef des services secrets israéliens, Youval Diskin on peut en douter. Pour lui, « Le Hamas pourras reconstruire des tunnels et recommencer à faire de la contrebande d’armes« . Hanan Greenberg, dans Ynet, le site en anglais du quotidien Yedioth Ahronot, écrivait à ce propos le 21 janvier :

Le commandement militaire israélien n’a pas été surpris par les rapports du mercredi (21) affirmant que certains souterrains entre Gaza et l’Égypte avaient recommencé à fonctionner, malgré les lourds bombardements menés par l’armée israélienne durant trois semaines. (…)

Hanan Greenberg, Ynet, le site en anglais du quotidien Yedioth Ahronot, le 21 janvier 2009.

D’autres questions se posent concernant notamment le recours à la force et surtout sur les armes utilisées dans une zone qui est la plus densément peuplée au monde. Ainsi, certains profèrent-ils les mots de « crimes de guerre » à l’encontre d’Israël et de son armée. Un collectif rassemblant plus de 300 associations des droits de l’Homme à travers le monde demande d’ailleurs à la Cour pénale internationale (CPI) d’ouvrir une enquête pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » commis par Israël dans la bande de Gaza. Ainsi, soupçonne-t-on Israël d’avoir enfreint des règles du droit international. (Il faut rappeler qu’Israël n’a à ce jour pas signé le texte instaurant la CPI ce qui pourrait faire que la cour ne puisse être saisie). Autres questions, toute aussi dérangeante, pourquoi Tsahal a visé délibérément des bâtiments et locaux tenus par l’ONU, tuant  de ce fait de nombreux civils qui s’y étaient réfugiés leur maisons ayant déjà été détruites ? Pourquoi viser les hôpitaux, comme l’ont dénoncés des médecins étrangers ou palestiniens (voir l’interview de Regis Garrigue, président de Help doctors) ? Pourquoi avoir utilisé des armes aussi terribles que les armes au phosphore blanc dont de nombreux témoins parlent dont les médecins qui doivent essayer de soigner les terribles blessures qui continuent à tuer longtemps après ? Avec toutes ces question il y a aussi des inconnues : que devient par exemple Gilad Shalit, le soldat franco-israélien retenu prisonnier par des combattants du Hamas à Gaza depuis le 25 juin 2006 ? Autre question pour le moins dérangeante : Israël voulait-il punir les Palestiniens de Gaza ? Cette question est à mettre en lien avec le choix fait par les Palestiniens lors d’élections démocratiques (ce n’est pas si courant dans cette région !) où ils ont voté pour le Hamas.  

D’ailleurs à ce propos, il faut citer deux courts paragraphes à la fin d’un article signé d’Alain Gresh dans le blog du Monde Diplomatique sur le  Droit humanitaire, article qui date du 26 juillet 2006, mais qui relu aujourd’hui pose avec acuité cette question. Il y aborde sans détour ce point comme l’illustre ce court passage :  

Jusqu’à présent, seuls  les  groupes extrémistes islamistes  les  plus violents, dont Al-Qaida, avaient justifié l’action contre des civils américains ou occidentaux au nom du fait qu’ils avaient voté pour leur gouvernement.

On pourrait, en guise de conclusion provisoire, reprendre cette injonction  des  dirigeants athéniens à leurs homologues de l’île de Mélos, qu’ils voulaient asservir : « Dans le  monde des hommes,  les arguments de  droit n’ont de  poids que dans  la mesure où les adversaires en  présence disposent  de  moyens équivalents et  que, si  tel n’est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n’ont qu’à s’incliner. »

Article d’Alain Gresh, « Droit humanitaire », Blog du Monde diplo, 26 juillet 2006

Après ces jours de guerre, c’est la question du droit et de la justice qui doit occuper les esprits. Le droit et la justice, seuls garants d’un équilibre entre dominants et dominés, permettant de remettre en cause les actions militaires unilatérales et de privilégier un règlement diplomatique de ce conflit. Le droit international doit être le guide et le garant du droit pour tous, Israéliens comme Palestiniens, à vivre dans un État libre et souverain, reconnu et sûr, démocratique.